Maxwell Farrington & Le SuperHomard ou Le SuperHomard & Maxwell Farrington
Jefferson N'Ganga
20 juin 2024
4 min de lecture
photo crédit : Melanie Elbaz
Decouvrons Maxwell Farrington & Le SuperHomard sur la scène de la Maroquinerie
Faire Mieux ou Mieux Faire, quelle différence ? En toute conscience, aucune. C’est instinctif et sans appel.
A trois heure du mat’ pourtant, la réponse ne se semble plus si évidente. Froissé par des heures et des heures d'insomnie, très vite cette question devient obsessionnelle. Alors se fait une distinction : Faire Mieux s’appliquerait à ce que l’on fait déjà mais en mieux. Tandis que Mieux Faire serait être capable de trouver une nouvelle façon de faire. Quel rapport me direz-vous avec Maxwell Farrington & Le SuperHomard ?
Au petit matin, c'est d’une clarté quasi cristalline. C’est sous cet angle que l’on doit repenser notre duo : Maxwell Farrington & Le SuperHomard ou plutôt devrais-je dire Le SuperHomard & Maxwell Farrington.
C'est à quelques nuits de là, le 30 mai dernier, que nous les découvrons pour la première fois sur la scène de la Maroquinerie. La lecture post Covid d’articles, plus qu’élogieux, dans Libé ou les Inrocks, nous avaient déjà prévenus de leur existence. Mais jusque-là, nous n’avions ressenti aucun besoin pressant de foncer écouter. Bien mal nous en a pris ! Car ce n’est pas un, ni deux, mais trois projets d’une poésie folle que nous devions à présent rattraper.
We, Us the Pharohs
La magie opère dès les premières enjambées de Maxwell Farrigton. We, Us the Pharohs, le tout premier morceau du tout premier album est sans équivoque. La voix enivrante de Maxwell Farrington emporte tout. Nous plongeant instantanément dans les profondeurs d'une volupté, qui nous semble à l'instant encore, inconnue. Mais on ne se laissera pas faire si facilement.
Pour ne pas perdre pied, c'est à l’esprit que l'on demande secours. Lui se débat, s’agrippe et cherche infatigablement la comparaison. Les crooners et autres s’enchaînent, Et si ce Maxwell Farrington n'était pas si singulier ? Passant de Lee Hazelwood à Urge Overkill, le besoin de référencement est irrépressible. Alors on écoute, on réécoute, et soudain, tout bascule. Il suffit d’entendre Maxwell Farrington nous glisser si délicatement ce « … again and again... » dans Two Hopeful Lovers tiré de l’EP, I Had It All pour comprendre que notre quête est définitivement vaine. La flamboyance de cette voix, nous avait presque masqué l’essentiel : la musicalité, la qualité des arrangements, ce montre de subtilité qui l’entoure. C'est Le SuperHomard qui est au commande de cette proposition.
Le SuperHomard
Ébranlé , on se tourne à nouveau pour chercher de l'aide. L'esprit reprend son travail de reconnaissance. Il écume les vieux films, du western au classique français, il cherche une image qui collerait avec cette bande son. Oui je connais, je reconnais, l’entend t'on distinctement répéter, mais continuellement quelque chose s’échappe. Le laissant perdu dans une sorte de déjà vu, un déjà vu parfaitement inexistant.
Faire Mieux ou de Mieux Faire ?
Cette question prend alors tout son sens. Nous sommes allés interroger Christophe Vaillant alias Le SuperHomard, avec une petite idée en tête.
Parisonne : Si je ne dis pas de bêtise, je crois que ton nom, Le SuperHomard, vient du film « Ne nous fachons pas » de Georges Lautner sortie en 1966, c’est bien ça ?
Le SuperHomard : Oui c’est ça. Le SuperHomard c’était mon surnom plus ou moins. Un des premiers morceaux qu’on a appris à jouer avec mon groupe, quand j’ai débuté la musique, venait de la BO de ce film là...
(C’est bien ce qu'on pensait…)
Le SuperHomard : … Mais en fait, ce n’est qu’en 2015 à la sortie de mon projet solo, Maple Key*, que le label Japonais avec lequel j’ai signé, m’a demandé de trouver un nom. Alors c’est sortie comme ça.
*Le projet Maple Key est paru en 2015 au Japon puis en 2016 en France et en Europe.
(Que vient faire ce label Japonais dans l’histoire de cet Avignonnais pure souche ?)
Parisonne : Comment s’est faite la rencontre avec Maxwell Farrington ?
Le SuperHomard : Lors d’un concert à la Boule Noire en 2019. C’était pour le festival MaMA. Juste avant qu’on joue, il y avait ce groupe qui s’appelle Deweare*. Et c’est là que j’ai entendu Maxwell faire ses balances. Ça m’a semblé évident, on a tout de suite échangé nos numéros. Après tu sais le Covid est arrivé, alors c’était fini les concerts. C’est comme ça qu’on s’est mis à travailler ensemble.
*Deweare, Patrick Deweare acteur français originaire de Saint-Brieuc, est connu pour des rôles notables dans Les Valseuses ou Série Noire entre autres. Partageant la même origine, Deweare est également un groupe post punk, dans lequel Maxwell Farrington officie au chant.
Parisonne : Comment ça s’est passé, lui à Saint-Brieuc, toi à Avignon ?
Le SuperHomard : Essentiellement à distance. Pendant le Covid, on a fait un ou deux morceaux et puis on s’est dit qu’on devrait en faire un album. Je suis monté quelques jours chez lui, il a pu descendre à son tour. A la sortie du confinement, Once est né. Très vite on a enchaîné les dates. Je crois qu’on en a fait presque plus d’une soixantaines de concerts.
Parisonne : Et depuis le Covid, comment travaillez-vous ? Toujours à distance ?
Le SuperHomard : Oui oui, pour l’essentiel. Maxwell qui fait les paroles et moi la musique. J’enregistre un maximum de truc chez moi. Je fais les arrangements, par exemple sur Please, wait… , on a été invité à L’autre Canal, par l’orchestre national de Nancy. On est montés trois jours sur place. J’ai écris les arrangements pour les cordes et les cuivres. Mais on compose toujours ensemble.
(Quelque chose toujours s’échappe, se perd entre Brisbane et Avignon, entre le Japon et Saint-Brieuc, entre Bernard Gérard et Lee Hazelwood…) Puisque qu’on y est, on se risque à une dernière question.
Parisonne : Vous aviez une inspiration pour ce dernier album ?
Le SuperHomard : Oui. Pour la musique, on savait très exactement où on voulait aller.
Et nous aussi, à présent… Cette réponse fait déclic. L’erreur était de vouloir choisir entre Mieux Faire et Faire Mieux. Maxwell Farrington et Le SuperHomard, s’attaquent simultanément aux deux aspects de cette réflexion. Réussissant avec une facilité déconcertante à s'approprier la rigidité de l’hommage tout en conservant une exubérante liberté de création.
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